Une ambiance incroyable
Le mois de décembre en Vieille-Ville ? Vivant, animé, coloré, festif et gourmand. Les jours et les semaines se suivent et ne se ressemblent pas. On pourrait en faire un inventaire à la Prévert…Baskets et cloches de vache, jazz-bands et applaudissements, caméras et micros, fifres et tambours, trompettes et fanfares, hallebardes et chevaux, chapeaux et drapeaux, torches et lampions, raclette et vin chaud. Les ruelles et les places historiques sont pleines. La joie de la foule est palpable. Les grands-parents et les parents retrouvent leurs coeurs d’enfants avec leurs petits sur les épaules, qu’ils emmènent au village pour les multiples animations, que ce soit les courses ou les cortèges. On m’arrête : “Madame, il paraît que les enfants peuvent faire du poney à la Promenade Saint-Antoine ?” Donner des indications, sourire, suivre les défilés, saluer une voisine et son mari entre deux têtes inconnues, prendre un des mes chiens, Bowie, dans mes bras, car il tremble de peur, effrayé par la foule et les bruits, veiller également à ce que ma chienne, Lady Di, ne se fasse pas marcher dessus, et profiter. Car la fête est partout. Les habitants et les Genevois de passage se baladent et commentent l’ambiance, car le mois de décembre confère à la Vieille-Ville une chaleur et une authenticité supplémentaires. Oui, l’ambiance est incroyable. Suivez-moi !
Cela commence avec la préparation de la Course de l’Escalade. Les baskets se mettent à fouler inlassablement les pavés, chaque jour. Les plus motivés s’entraînent carrément matin et soir. Pas de doutes, la performance passe par les pieds…Puis, arrive l’évènement : cette année, la 47 ème course de l’Escalade s’est tenue les 5 et 6 décembre, avec des inscrits par milliers. Le record a été atteint avec 60’000 participants. Plus précisément, 59'712 personnes se sont inscrites, soit 4,4% de plus qu'en 2024. Parmi elles, 89% sont domiciliées dans la région. Toutes ont couru avec leurs dossards et leurs espoirs. Les courses prennent leur envol depuis la rue de la Croix-Rouge pour arriver au Parc des Bastions et se succèdent, en fonction des catégories, en traversant la Vieille-Ville. Elles sont retransmises sur Léman Bleu TV et accompagnées des enthousiastes “Go André ! Allez, Paul !”. Familles, amis et collègues de travail deviennent de fervents supporters, certains agitent des cloches de vache. Ambiance garantie. Il n’y a pas que des sportifs chevronnés, mais tout un chacun, toutes générations confondues. Cette année, le doyen des coureurs a 93 ans. Et bien entendu, le dimanche, il y a les poussins, des enfants qui courent parfois en tenant la main de leur papa. Comme les courses attirent une foule dense, massée le long du parcours, les boutiques de mon village en profitent pour se mettre sur leur trente-un. Les vitrines scintillent et regorgent d’idées de cadeaux. Comme à la Boutique Saint-Pierre, ou chez Olivier & Co, Baroque & Rococo, Jill Wolf Jewels, et George, où je vous ai déjà emmenés (à découvrir ou relire en cliquant sur les noms surlignés). Pour les frileux, le vin chaud coule à flots. C’est même la boisson star de décembre. Impossible d’y échapper. De multiples stands lui sont consacrés. A la Grand-Rue, ceux-ci sont plus jolis les uns que les autres et honorent la magie de Noël qui approche, comme celui de la Maison Rousseau Littérature au 40, qui occupe la maison natale de l’auteur, et celui de Jacques, le bar à tapas sis au 22. Pour ce qui est de la boisson elle-même, le goût est variable. Mention spéciale pour le vin chaud de Sylvain, chez Olivier & Co. Sa grand-mère lui a légué sa délicieuse recette. Contrairement à d’autres, qui se contentent de diluer des sachets industriels déjà préparés, il utilise des produits naturels de qualité - anis étoilé, clous de girofle, cannelle, oranges, qu’il laisse infuser dès la veille dans le vin. Mieux, tous les samedis de l’Avent, il offre un verre de vin chaud à ceux qui lui rendent visite. Une générosité louable et réconfortante. Ce n’est hélas pas le cas partout...
« C’est la recette de ma grand-mère et je la prépare la veille afin que tous les ingrédients puissent infuser le vin chaud »
Le week-end suivant la Course, c’est l’arrivée de la Compagnie de 1602. Après le sport, place à l’Histoire, H majuscule. Car la Compagnie de 1602, plus grande société historique de Suisse, fondée le 31 mars 1926, commémore la bataille de l’Escalade qui eut lieu dans la nuit du 11 au 12 décembre de l’an 1602. On célèbre la défaite de Charles-Emmanuel Ier, duc de Savoie, qui tenta de prendre Genève par surprise en escaladant ses remparts. La victoire genevoise nous vaut trois jours de festivités. Nous sommes ici dans une autre dimension, spectaculaire et théâtrale, avec ses costumes, ses fifres et ses tambours. Les torches illuminent les nuits. Il y a même un défilé avec des lampions, auquel la population peut participer. Les enfants en sont friands. Cette année, ce défilé aux lueurs douces s’est tenu le samedi 13 décembre à 19h45. Mais, pour ce qui est des cortèges, tout a démarré le vendredi 12 décembre à 18h25, avec le départ depuis la rue des Chaudronniers du premier cortège en costumes en hommage aux victimes de la bataille de l’Escalade. Si vous étiez comme moi, assis à La Clémence, vous avez pu déguster votre raclette sur la place du Bourg-de-four en les regardant passer. Vivre un moment gourmand avec un tel spectacle en face de soi, pour ne pas dire à bout touchant tant la proximité est réelle, en fait une expérience inboubliable. Pensez-y l’année prochaine, et venez pour une “raclette-spectacle” sur la terrasse du célèbre bistrot. La part de raclette, servie avec des pommes de terre, des cornichons et des petits oignons, est à CHF 8.-. Le spectacle, lui, est gratuit. Si vous ne trouvez pas de place à La Clémence, et êtes debout avec une petite faim, filez vite chercher des marrons chauds chez Fio, figure familière du mois de décembre, qui vient chaque année depuis 17 ans, à Bourg-de-four. Ses marrons chauds préparés à la minute sont irrésistibles. Et quelle odeur chaleureuse.
Après le cortège en honneur des victimes, la Fête de l’Escalade se déploie jusqu’au dimanche soir, avec ses multiples attractions. Les fifres et les tambours scandent les journées. On les entend le matin, on les entend la journée, on les entend le soir, comme un refrain qui plonge dans une fabuleuse atmosphère. Je ne peux m’empêcher de penser que la manière dont cette Fête a su traverser les Siècles est bouleversante. Cette pérénnité cultivée, en plus d’être belle, est émouvante. L’autre point névralgique de la manifestation est la Cour St-Pierre, ou si vous préférez la Cathédrale, que ce soit à l’extérieur devant son illustre façade néoclassique ou à l’intérieur, notamment avec le culte de l’Escalade du samedi à 18h30 auquel il faut avoir été au moins une fois dans sa vie. La Cathédrale St-Pierre semble protéger ces coutumes ancestrales et ceux qui les perpétuent. Gageons que ses pierres ont le pouvoir de leur accorder une validation divine. Enfin, dimanche 14 décembre, clou du spectacle avec le cortège historique, composé de 800 personnes en costumes d’époque, s’est tenu avec un départ à 17h00 depuis le Parc des Bastions. Quand on habite dans mon village, on invite les amis pour un apéro dînatoire et on se met à la fenêtre avec un verre, afin d’admirer ce cortège pareil à nul autre. Une petite émotion patriotique serre toujours la gorge de manière inattendue quand le drapeau genevois passe dans la nuit, qui tombe vite en décembre. Se dire dans l’obscurité “Ce drapeau, c’est le mien” fait soudain du bien.