Fresques de lumières
Dès la première représentation de Halo à la Cathédrale St-Pierre, dans le cadre du Festival Geneva Lux 2026, une foule compacte a formé une immense queue débutant à la place de la Taconnerie pour faire le tour de la Cour St-Pierre jusqu’à l’entrée de la Cathédrale. C’est simple : j’ai fini par avoir zéro place à l’intérieur. Debout, ballotée d’un coin à un autre dans le noir, comment réaliser mon reportage ? Une des techniciennes du spectacle, touchée par ma déception et voyant mon petit gabarit, m’a dit : « Si vous voulez, je vous laisse passer pour vous asseoir par terre comme les enfants ». J’ai tout de suite accepté et grand bien m’en a pris. C’est ainsi qu’à mon âge, je me suis retrouvée assise en tailleur dans la nef, les fesses collées aux pierres de St-Pierre, sensation unique, mythique et mystique, qui m’a permis de prendre des photos poétiques. Ce spectacle sons et lumières est une fabuleuse manière de rappeler que la Cathédrale St-Pierre, en plus d’être le monument le plus visité de Genève, est également le berceau historique de la Réforme menée par Jean Calvin au XVIè et le lieu de culte de la Paroisse protestante St-Pierre, à laquelle nous sommes attachés dans mon village. Que vous soyez croyants ou pas, Protestants ou pas, Halo, en plus de vous émerveiller, vous portera subtilement à cette question fondamentale : “Et si Dieu existait ?”
« Le cadre majestueux de la Cathédrale sert de support à une technologie de pointe au service d’un moment exceptionnel »
En effet, dès les premières secondes, les frissons sont au rendez-vous : une créature mystérieuse, digne d’un roman d’Umberto Eco, apparaît dans une lumière lunaire, qui fait ressortir uniquement sa cape et nous transporte à l’époque médiévale. Elle avance dans l’obscurité bleutée pour remonter la nef jusqu’au transept. Son apparition plonge l’assistance dans un silence extraordinaire. A la hauteur du choeur, la cape s’envole, et un premier tableau de sons et lumières surgit sur les vitraux. Halo mêle lyrisme et haute technologie avec brio. Le cadre majestueux de la Cathédrale sert de support à une technologie de pointe au service d’un moment exceptionnel. On ne peut que saluer le travail magistral des artistes : Gregor, qui a composé la bande originale du spectacle, Pauline, talentueuse chanteuse neuchâteloise - c’est elle qui surgit dans la fameuse cape et interprète la partition vocale, Vincent, organiste attitré de la Cathédrale, lire “Le petit Prince du clocher”, les Ateliers BK, qui se sont chargés de ce show sons et lumières avec Sébastien, créateur des lasers. Ils ont fait danser les époques et les émotions dans un somptueux kaleïdoscope.
Le spectacle est gratuit et se tient jusqu’au dimanche 1er février. Pour y assister dans de bonnes conditions, en étant sûr d’avoir une place assise, mieux vaut se rendre devant la Cathédrale St-Pierre 30 à 40 minutes avant, car Halo attire la foule des grands jours. Les représentations se tiennent du jeudi au dimanche uniquement. Le jeudi, il n’y a que trois représentations à 18h00, 19h00 et 20h00. Les samedis et dimanches, deux représentations supplémentaires sont proposées à 21h00 et 22h00. Ce n’est pas du luxe, vu le monde (voir tous les horaires au bas de l’article). Comment un tel spectacle a-t-il atterri dans un lieu de culte ? C’est une décision collective qui intègre plusieurs acteurs de la Cathédrale. Ce projet implique également les Amis des Clés de Saint-Pierre et la Fondation des Clés de Saint-Pierre. Si le Festival Geneva Lux, dont l’instigateur est le Département de la sécurité et des sports de la Ville de Genève, sous la responsabilité de la Conseillère administrative Marie Barbey-Chappuis, en est à sa 12è édition, c’est la première fois que la Cathédrale St-Pierre s’intègre dans cette manifestation.
Après avoir assisté deux fois à Halo, j’ai eu envie de rencontrer Sandrine Landeau, 47 ans, la pasteure de la Cathédrale St-Pierre, nommée officiellement en 2021, pour avoir, si j’ose dire, un son de cloches choisi sur l’intrusion de cet enchantement profane dans un lieu sacré, coeur même du Protestantisme dans la Cité de Calvin. Sa réponse a jailli du coeur : “Oui, c’est un spectacle profane mais qui respecte le lieu”. Elle rappelle qu’ici on est relié, et précise : “Avant même le Christianisme, c’était déjà un lieu de culte”. Ce spectacle impressionnant habille l’intérieur de la Cathédrale de lumières multicolores, véritables fresques en mouvement, exaltant son architecture et son âme. Car tous les lieux, et particulièrement celui-ci, en ont une. De manière inattendue, le Moyen-Âge et le troisième millénaire sont réunis. Quand je lui dis que j’ai ressenti une fusion des Siècles dans le déroulé de la représentation, Sandrine en est ravie car : “Une des choses spéciales de ce lieu est sa temporalité”. Je l’ai également vécue de manière surprenante, lorsque j’ai assisté à la première séance assise à même les dalles millénaires. Cette expérience porte à s’interroger sur le sens de la foi. Et si elle était simplement de s’ouvrir à la vie, à sa puissance, à son imprévisibilité ? C’est donc avec modernité que ce lieu affecté au culte protestant nous invite à un questionnement et à la spiritualité, en démontrant qu’elle peut être cultivée par les sons, les lumières et le partage.
Halo est spectacle Sons & Lumières gratuit à la Cathédrale St-Pierre
Jeudi 22 janvier : 18h00, 19h00, 20h00
Vendredi 23 janvier : 17h00, 18h00, 19h00, 20h00, 21h00, 22h00
Samedi 24 janvier : 17h00, 18h00, 19h00, 20h00, 21h00, 22h00
Dimanche 25 janvier : 17h00, 18h00, 19h00, 20h00
Jeudi 29 janvier : 18h00, 19h00, 20h00
Vendredi 30 janvier : 17h00, 18h00, 19h00, 20h00, 21h00, 22h00
Samedi 31 janvier : 17h00, 18h00, 19h00, 20h00, 21h00, 22h00
Dimanche 1er février : 17h00, 18h00, 19h00, 20h00